Cicatrice normales et pathologique : aspects fondamentaux

A. Desmoulière

ETRS SCAR MEETING ABSTRACTS 1-3 April 2001

Au cours des processus de réparation tissulaire, après une phase d’inflammation pendant laquelle les plaquettes sanguines notamment vont libérer de nombreuses cytokines et participer à la mise en place d’une matrice ’provisoire’, un tissu de granulation se développe. Ce tissu contient des cellules inflammatoires, des néovaisseaux, et des myofibro-blastes (fibroblastes activés) qui présentent d’une part d’importantes propriétés contractiles générées par les microfilaments d’actine, d’autre part, une forte activité de synthèse qui permet une sécrétion élevée de matrice extracellulaire.

Le tissu de granulation, dans des conditions normales de cicatrisation, disparaît après migration des kératinocytes et reconstruction de l’épiderme, lorsque la plaie est fermée. Une partie de la matrice extracellulaire est digérée par des protéases et une réduction importante de la cellularité est également observée : les cellules du tissu de granulation, fibroblastes, myofibroblastes et cellules vasculaires meurent par apoptose. Les facteurs qui participent à la régulation (positive ou négative) de l’apoptose restent à préciser. Cependant, une apoptose massive est observée expérimen-talement lorsque le tissu de granulation est recouvert par un lambeau de peau totale : ce modèle nous a permis de préciser certains mécanismes. Il est probable que le processus d’apoptose est inhibé dans les situations patho-logiques où le myofibroblaste représente la principale composante cellulaire : (1) les cicatrices hypertrophiques et les fibroses d’organe, (2) les fibromatoses (maladie de Dupuytren et scléroderme), et (3) la réaction stromale aux tumeurs.

In vitro (dans des conditions microenvironnementales anormales), les fibroblastes isolés à partir de tissu sain acquièrent différentes caractéristiques myofibroblastiques ; cela permet l’études des facteurs impliqués dans la dif-férenciation myofibroblastique et la cicatrisation. Différ-entes cytokines, facteurs de croissance, ou substances pharmacologiques ont donc été précisément étudiés : le transforming growth factor-b1, le granulocyte-macrophage colony-stimulating factor, l’interféron-g, la pentoxifylline, et le trans-resvératrol notamment. Au niveau de la peau, deux situations pathologiques de cicatrisation excessive, cicatrice hypertrophique ou cicatrice chéloïde, peuvent être observées. Les caractéris-tiques histologiques de ces deux pathologies sont fonda-mentalement différentes, les cicatrices hypertrophiques contenant des myofibroblastes contrairement aux cicatrices chéloïdes qui n’en contiennent pas et ne développent donc pas de rétraction. Le maintien des cellules myofibro-blastiques après la cicatrisation est un élément défavorable qui vraisemblablement conduira au développement d’une cicatrice hypertrophique. De plus, des observations ont été faites qui permettent de penser que des contraintes mécaniques modifient la biologie des fibroblastes et des myofibroblastes. Des facteurs solubles et mécaniques (immobilisation et compression précoce) peuvent donc agir sur l’évolution du tissu de granulation et interférer avec le développement des cicatrices hypertrophiques. Toutes ces données doivent être prises en compte pour rechercher des traitements agissant spécifiquement sur les cellules impli-quées dans la cicatrisation normale et le développement des cicatrices hypertrophiques à l’origine des rétractions.

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